Ce film part à la rencontre des hommes qui travaillent dans la pénombre des ateliers de la vieille ville de Jaipur
Jaipur. Place forte des joailliers, diamantaires et autres tailleurs de pierres précieuses. Dans la capitale du Rajasthan, anachronique " pays des rois " tout marqueté de palais et de forteresses situé au nord de l'Inde, se concentre un artisanat extrêmement riche et diversifié mis en place il y a 200 ans par le maharaja Jai Singh II, fondateur de la désormais célèbre " ville rose ". Aujourd'hui, parmi les centaines de familles de miniaturistes, ciseleurs sur cuivre, tanneurs, teinturiers, potiers ou tailleurs de pierre, trônent les joailliers.
Les bijoux, une passion très indienne vieille de 5000 ans. Son artisanat a connu nombre héritages et métissages. Il a perdu, récupéré, rassemblé, au gré des influences tantôt des princes moghols, tantôt des maharajas, ou encore des gouverneurs britanniques, surnommés " mangeurs de diamants ", à cette époque où l'Europe vivait une fascination boulimique pour les pierres précieuses.
Loin de la conception occidentale, les bijoux représentent aux yeux des Indiens bien plus qu'un signe extérieur de richesse. Véritables interfaces entre les hommes et le monde divin, les bijoux-talismans incarnent les attributs des dieux, chacun de ces derniers vénérant tantôt les saphirs (Vishnu), l'or (Lakshmi, déesse de la prospérité), les émeraudes... Pierres et métaux sont également dotés de vertus curatives et utilisés dans la médecine ayurvédique. Autre exemple, on ne prénommera un enfant qu'au percement des oreilles.
Autant de preuves toujours très présentes dans l'Inde contemporaine qui font des artisans du Rajasthan les hommes forts de la production indienne de joaillerie. Héritiers d'une tradition ancestrale, ils sont aujourd'hui les garants d'un art extrêmement convoité, dont on retrouve les objets dans les prestigieuses boutiques de Londres, Paris, New York, Los Angeles, Tokyo…
Ce film part à la rencontre des hommes qui travaillent dans la pénombre des ateliers de la vieille ville de Jaipur. Là, le long et minutieux travail des joailliers répond à des règles d'organisation sociale bien précises, dictées par leur caste, leur corps de métier et les préceptes religieux. Ce labeur repose également sur un équilibre économique de départ et une inédite collaboration entre différents artisanats (et donc différentes castes et religions) rendue possible par un plan urbain unique au monde conçu par et pour les artisans au 18ème siècle. Ainsi, pour réaliser un bijou traditionnel, se croiseront successivement dans les ateliers du vieux Jaipur marchand de pierres précieuses, fondeur de métaux, orfèvre, émailleur, sertisseur de pierre, lapidaire et polisseur.
A travers les gestes précis des employés du joaillier Som Nath Das, nous entrerons dans le labeur quotidien de l'atelier de la petite ruelle de Partanion Ka Rasta, insoupçonnable (à nos yeux néophytes) fournisseur de la famille royale de Jaipur et de bien d'autres prestigieux clients encore. A leurs côtés, nous pourrons observer les différentes étapes de fabrication d'un bijou, fouiller la mémoire d'un savoir-faire perpétué depuis le fond des âges, aborder la question de sa transmission et de la condition des artisans joailliers, et surtout entrevoir quel peut être leur avenir, à l'heure où s'installe une collaboration entre artisans et designers étrangers venus s'inspirer du fameux savoir-faire rajasthani.