La mondialisation contribue-t-elle à accroître la richesse mondiale, et à réduire la pauvreté dans le monde ? Ou au contraire, aurait-elle surtout accru les inégalités ?
Le Dessous des Cartes passe en revue les indicateurs qui permettent de mesurer le niveau de développement et les inégalités.
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Le PIB/habitant pour comparer les richesses nationales
Pour calculer la richesse d'un pays, on utilise le Produit Intérieur Brut : il correspond à la somme de tous les biens et de tous les services produits dans un pays sur un an. On divise ensuite cette somme par le nombre de ses habitants pour obtenir le PIB par habitant.
Sur cette carte du PIB/habitant, en plus foncé, les pays les plus riches comme le Luxembourg, la Norvège, la Suisse qui ont un PIB supérieur à 25.000 $ par habitant et par an.
Et mesurer la pauvreté
Les pays les plus clairs représentent les pays les plus pauvres comme la République Démocratique du Congo, l'Ethiopie, le Burundi avec moins de 500 $ par habitant et par an.
Mais attention, il ne s'agit que d'une moyenne. Dans la réalité, tous les habitants d'un même pays ne disposent évidemment pas du même revenu.
Donc, l'indicateur de PIB/habitant. permet simplement de comparer la richesse entre différents pays, mais pas au sein de leurs populations.
Evolution du PIB depuis les années 1980
En observant l'évolution du PIB par habitant depuis les années 1980, c'est-à-dire au moment où commence l'accélération de la mondialisation, on constate d'abord que les pays les plus riches ont maintenu leur avance sur le reste du monde, mais plusieurs pays s'en rapprochent comme la Corée, Taiwan, Singapour.
Des PIB en baisse depuis les années 1980
L'évolution du PIB montre aussi que certain pays ont vu leur PIB par habitant baisser : on trouve par exemple Haïti, la République Démocratique du Congo, la Sierra Léone, mais aussi la Cote d'Ivoire, ou bien des ex-républiques d'URSS, comme l'Ukraine, ou la Georgie.
Croissance accélérée en Chine et en Inde
En revanche, avec la croissance accélérée pendant plusieurs années en Inde et en Chine, le nombre de pauvres a beaucoup diminué, et comme ces deux pays sont très peuplés, la pauvreté a globalement reculé dans le monde durant cette période. La hausse du PIB en Chine a contribué à faire passer le nombre de pauvres dans le monde de 1 milliard et demi de personnes en 1980, à 1 milliard en l'an 2000.
L'IDH : Indice de développement humain
Le PIB est un bon indicateur de la richesse, mais il n'est pas un bon indicateur du niveau de développement de chaque pays. Cela signifie qu'il faut utiliser un deuxième indice, qu'on appelle l'IDH, l'Indice de Développement Humain.
Pour mesurer l'IDH, on prend en compte trois composantes :
Le PIB par habitant, l'espérance de vie à la naissance et l'alphabétisation des adultes et la scolarisation des enfants.
Vous voyez en plus foncé les pays avec le plus fort indice de développement humain.
Les pays en plus clair ont le plus faible IDH (en blanc, ce sont les états qui ne fournissent pas de données).
Le cas de la Chine
Le cas de la Chine montre que la richesse ne coïncide pas forcément avec le développement humain. Elle se classe au 105e rang mondial pour la richesse par habitant passe au 81e rang en termes de développement humain.
Evolution de l'IDH entre 1995 et 2004
On observe l'évolution de l'IDH entre 1995 et 2004, c'est-à-dire pendant une période qui a été faste pour l'économie mondiale. Les pays en foncé sont ceux où l'IDH augmente (on retrouve les effets de la croissance chinoise et indienne), en clair, ceux où l'IDH est stable, c'est-à-dire les pays déjà développés, et en très clair, les pays où l'IDH baisse, comme au Niger, en Ouganda, ou même en Afrique du Sud, pays extrêmement touché par l'épidémie de SIDA. En effet, d'autres facteurs interviennent, comme les conséquences de l'épidémie de SIDA, ou bien les conséquences des guerres ou même la corruption politique de certains régimes.
Les effets de la mondialisation évidemment ne profitent pas à tous les pays de la même manière.
L'indice de Gini
Pour mesurer les inégalités entre individus, il existe un troisième indicateur : c'est l'indice de Gini.
L'indice de Gini, c'est un calcul mathématique complexe inventé par un statisticien Italien du début du XXe siècle, Corrado Gini, et ce coefficient permet entre autres de mesurer la distribution des revenus au sein d'une population donnée.
L'indice varie de 0 à 1 = zéro indiquant une égalité parfaite, qui bien sûr n'existe pas.
Et 1 une inégalité totale, qui n'existe pas non plus, ça serait comme si tous les revenus revenaient à une seule personne.
La moyenne mondiale de l'indice de GINI est à 0, 40.
Les pays en foncé indiquent une forte égalité, c'est-à-dire où les écarts de revenus sont faibles exemple le Danemark, le Japon, la République Tchèque qui sont autour de 0,25.
Les pays les plus inégalitaires
Les pays les plus inégalitaires dans la redistribution de leur richesse sont les plus clairs sur cette carte, avec des indices de Gini autiour de 0,60 - exemple : la République Centre Africaine, Sierra Léone, Botswana, Lesotho, la Namibie. Les pays en blanc indiquent les données qui ne sont pas disponibles.
le cas du Nigeria
Ainsi la distribution des revenus n'a souvent rien à voir avec la richesse d'un pays. Dans le cas du Nigéria par exemple, on a une fraction de la population qui détient l'essentiel de la richesse du pays, liée aux revenus du pétrole - tandis que la majorité de la population nigériane vit dans une grande pauvreté.
Le cas du Brésil
Le Brésil est aussi très inégalitaire.
En 2006, il est au 75e rang pour le PIB/habitant mais seulement au 116e rang pour l'indice de Gini. Concrètement, 10 % des Brésiliens concentrent 47 % des revenus, alors que 30% des Brésiliens vivent avec moins de deux dollars par jour.
Dans le même ordre d'idée, à l'échelle de la seule région du Nordeste brésilien, 1% des propriétaires terriens détiennent 45 % des terres.
Et bien l'indice de Gini nous aide à constater qu'une augmentation globale de la richesse d'un pays peut très bien s'accompagner d'une augmentation des inégalités.
La chine, de plus en plus inégalitaire
Ce pays, qui est devenu le symbole de la croissance et de la mondialisation, a aujourd'hui un indice de Gini à 0,45 , soit un peu plus que la moyenne mondiale, ce qui indique que la situation ne cesse de se dégrader en matière d'inégalité dans ce pays.
A la fin des années 70, c'est-à-dire avant le lancement des réformes économiques par Deng Xiao Ping, l'indice de Gini était de 0,16 en Chine. On avait donc alors une société chinoise beaucoup plus égalitaire qu'aujourd'hui. Cette augmentation des inégalités de revenus en Chine qui apparaît clairement sur cette carte, s'inscrit sur une double fracture : entre ruraux et urbains, et entre les régions côtières où se concentrent les activités et les investissements, et le reste du pays.
Le double phénomène d'inégalité en Chine
Ces fractures d'ailleurs ne sont pas propres à la Chine : elles se cumulent souvent avec les inégalités homme / femme ; ou entre secteur primaire / secteur tertiaire ; ou encore naturellement sur les héritages familiaux.