Dans le grand nord canadien, quelques milliers d'Inuits vivent sur un territoire grand comme 4 fois la France. En 1999, après 20 ans de lutte politique, ces Inuits ont obtenu la reconnaissance de leur identité et la création, au sein de la fédération canadienne d'un nouveau pays, le Nunavut. Il ne s'agit pas d'une reconnaissance symbolique mais bien d'un statut d'autonomie politique, assortie d'un transfert important de pouvoirs. Aujourd'hui les Inuits prennent leur destin en main
Comme le Nunavut est pour l'essentiel un immense archipel arctique pris dans les glaces 8 mois sur 12, les Inuits se retrouvent placés devant l'ancestrale nécessité de tirer partie des rares ressources de la mer, de la banquise et de leurs rivages sous ces latitudes extrêmes. Pour ne pas dépendre des seules subventions fédérales et sortir de l'assistanat social les Inuits demeurent des chasseurs de mammifères marins.
Les Inuits, victimes dans les années 80 de l'interdiction totale des ventes de peaux de phoques obtenues aux Etats Unis et dans plusieurs pays occidentaux par les militants écologistes, ont maintenu la tradition d'une chasse vivrière indispensable à leur survie. La chasse est libre pour les espèces non menacées - phoques et morses. Pour les espèces sensibles - ours et narvals - la chasse est encadrée par les syndicats de chasseurs dans le cadres de quotas annuels négociés avec le ministère canadien de la pêche et des océans.
Après un rapide passage à Iqualuit, jeune capitale du Nunavut en pleine construction, l'équipe Thalassa a rejoint un petit village côtier et partagé plusieurs mois durant les chasses du printemps et de l'été arctique.
A Qikiktarjuak, sur l'île Broughton face à la terre de Baffin, la chasse est une question de survie pour ses 400 habitants.
Dans ce mode de vie communautaire, chaque belle journée printanière est mise à profit pour chasser le phoque, base de la nourriture ; sans doute la plus ancienne chasse esquimaude qui nécessite la participation de tous. Les familles remontent le fjord et campent pour pêcher le saumon sous la glace ; l'occasion d'un concours de la plus belle prise.
C'est aussi la saison où les plus entreprenants, comme Steevie, essaient de nouvelles techniques de pêche : une poignée d'Inuits a appris à plonger avec des bouteilles, sous la glace, pour explorer les immenses ressources en coquillages jusqu'ici inexploitées.
Grand événement de l'été, le passage du seul cargo annuel de ravitaillement qui livre 300 tonnes de frêt pour tout le village, de la maison en kit au véhicule 4x4, des fournitures scolaires au fil de pêche... Le moment le plus étonnant est lorsque tout le monde se retrouve pour la distribution du matériel offert par le programme national de soutien à la chasse, avec une méthode inattendue : le tirage au sort.
A l'époque de la migration vers le sud du narval, la situation se tend. La chasse au narval est un sujet sensible. Les Inuits consomment sa peau et sa graisse, le maktak, mais ce cétacé doit surtout sa valeur à la corne que porte le mâle - en fait, l'excroissance d'une canine - plus de 2 mètres d'ivoire torsadé. Pour protéger cette mythique " licorne des mers ", le gouvernement canadien a instauré des quotas et tente d'obtenir des informations. La négociation avec les chasseurs devient très difficile. Les chasseurs se méfient et la caméra de Thalassa devient indésirable...
C'est en souvenir de " Nanouk l'esquimau ", film de notre enfance et considérant le vide documentaire dans lequel le peuple inuit est tombé par la suite que les auteurs ont entrepris ces " Chasseurs de l'Arctique ". Malgré la profusion d'images, notamment animalières, tournées en zone polaire, la chronique de la vie quotidienne des inuits modernes restait à faire. Des Inuits échaudés par l'histoire, méfiants à l'égard des blancs et qui ne sont pas toujours d'un abord facile...
Ce document a été tourné entre septembre 2003 et juin 2005.
C'est le quatrième d'une série intitulée " Chonique des peuples marins " produite par PIXIE TV pour le magazine THALASSA