Résumé du documentaire
A la rencontre des derniers peuples nomades
Ils sont un peu moins de trois mille. Répartis dans les archipels de la Mer d'Andaman, entre la Birmanie, la Thaïlande et la Malaisie : les Mokens sont un petit peuple nomade, en sursis.
Ils sont marins mais ne pêchent pratiquement pas. Ils refusent l'usage du filet dont ils ne se servent que pour faire des hamacs. Ils préfèrent chasser au harpon, récolter des coquillages sur la plage ou chercher des vers de bois dans la mangrove. Si les tee-shirts et casquettes publicitaires nous confirment que la scène se passe bien de nos jours, dans le Sud-Est asiatique, le mode de vie des Mokens rappelle, en revanche, des temps très reculés où l'Homme était un chasseur-cueilleur qui devait nomadiser pour survivre.
Les Mokens vivent sur leur bateaux, les kabangs, petites embarcations taillées d'une pièce dans un fût monoxyle. " Un kabang c'est une vie ", dit le proverbe moken ; les nomades considèrent en effet leurs bateaux comme un être vivant " avec une bouche pour manger et un cul pour déféquer... et des yeux, sinon, comment ferait-il pour voir les récifs ! ? "
Mobiles, les Mokens sillonnent sans cesse l'archipel. Opportunistes, ils trouvent partout de nouvelles occasions de chasse.
Près des récifs les hommes traquent et harponnent la tortue de mer. Sur un îlot, on organise une battue au cochon sauvage. Dans une grotte dont l'entrée donne sur les brisants, on chasse les chauves-souris et le serpent python.
De leur côté, les femmes plongent pour récolter les huîtres ou les oursins. A marée basse, elles partent, un enfant accroché dans le dos, et leurs chants qui résonnent sur l'estran et appellent les squilles ou les vers de sable " pour qu'ils acceptent de se laisser attraper "
Gatcha est le patriarche d'une de ces petites communautés mokens, il conduit une flottille d'une dizaine de bateaux. Peu de temps avant la mousson, il faut honorer l'esprit des ancêtres et chaque année Gatcha part en forêt abattre l'arbre dans lequel il sculpte le "poteau des ancêtres", une sorte de totem qui représente l'aïeul fondateur du groupe.
Les Mokens vivent dans un monde à part, en rupture avec la modernité, un monde étrange fait d'esprits, de signes et de symboles.
Bo Lobung, "la cérémonie des poteaux" doit avoir lieu à la pleine lune. Ce jour là il faut absolument pêcher une tortue marine pour l'offrir en sacrifice devant le poteau des ancêtres. Les Mokens sont les "fils de la tortue", dans des temps mythologiques ils sont venus du fond de l'océan, chevauchant sa carapace. Gatcha raconte aussi comment les Mokens commirent le crime originel et tuèrent la mère tortue pour la manger : " c'est depuis ce jour là que nous, les Mokens, nous sommes un peuple maudit et que nous sommes condamnés à errer sur la mer... "
La malédiction semble bien poursuivre les Mokens. Les Birmans sont venus et ont confisqué la terre des ancêtres. La junte militaire au pouvoir apprécie peu leur nomadisme et cherche à les sédentariser.
En 2002, les autorités décidèrent de regrouper tous les Mokens en un seul et même village. Il l'appelèrent le "Village idéal", avec une école pour que l'usage du birman remplace la langue moken et un monastère bouddhiste pour faire disparaître les anciennes croyances. Malheureux, les Mokens s'enfuirent une nuit, reprenant le large sur leur kabangs. L'armée les pourchassa et cela tourna à la répression.
Depuis ces incidents, les Mokens sont en liberté très surveillée. Le régime birman assoit son pouvoir sur un réseau d'informateurs très efficace : tout le monde surveille tout le monde et particulièrement les Mokens. Aussi quand Gatcha et sa flottille viennent vendre le fruit de leur récolte au commerçant birman, celui-ci s'empresse de faire son rapport à l'administrateur du village. "Une main de fer dans un gant de velours" avec, en prime l'éternel sourire asiatique. Cette année le régime a même créé le Festival de l'amitié birmano-moken...
Étrange destin de ce peuple voué à la malédiction, qui cultive la hantise de la mort et des mauvais esprits et se bat pour survivre, avec une formidable énergie.
Derniers nomades marins, derniers chasseurs-cueilleurs, ce sont en tous cas les derniers des Mokens, que ce documentaire de référence nous permet de rencontrer, dans les décors somptueux de la Mer d'Andaman.
Ce document a été tourné entre décembre 2003 et mars 2004.
C'est le troisième d'une série intitulée " Chronique des peuples marins " produite par PIXIE TV pour le magazine THALASSA
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